NOUVELLE VIE
Transformation d'une maison villageoise en deux appartements
Très éloquentes, les armoiries de la commune de Tannay rendent compte des belles caractéristiques de son territoire. Sous forme symbolique et schématique le blason montre en effet les ondes bleues du Léman, la noblesse et la force de la nature, la présence discrète des collines. Ce cadre naturel particulièrement agréable s’inscrit dans une réalité moderne et préservée. Entre lac et campagne, le village jouit de riches infrastructures et propose de nombreuses activités culturelles ou sportives. La proximité avec les villes de Nyon ou de Genève, l’une et l’autre aisément accessibles en transports en commun, évitent l’isolement rural.
Au cœur du village, les rues alignent des constructions simples souvent bordées de jardins. Les haies, les murs de clôtures et les cours achèvent de dessiner un paysage serein où la qualité de vie affleure à chaque détour. Proche de l’école, du château ou de l’auberge du Lion d’Or, une jolie parcelle du chemin des Molards embrasse toutes ces qualités. Plutôt serré du côté de la rue, le terrain s’évase en profondeur, dans un dispositif somme toute assez classique avec une ferme et une grange en bordure de chemin puis, à l’arrière, un verger. Sous le fard des transformations successives réalisées au fil des générations, les bâtiments en place recèlent encore d’atouts considérables et tous les éléments sont là pour requalifier le site.
Les recherches en archives permettent de comprendre l’évolution du périmètre. Le diagnostic historique invite alors à penser un développement respectueux, tenant compte des potentialités offertes par les surfaces disponibles, mais en même temps attentif aux spécificités du tissu bâti et de la morphologie villageoise présente alentour. Les réflexions amènent à concevoir un projet global où la construction de nouveaux bâtiments s'inscrit en harmonie avec le maintien et la valorisation des éléments anciens. Une opération d’ensemble imaginée très en amont, en parallèle avec le cadre réglementaire communal qui, très contraignant, impose quoi qu’il en soit la conservation de la structure historique et une densification en second front. Le programme se veut entièrement dévolu à la création de logement.
Les options d’interventions sur l’ancienne ferme et l’ancienne grange visent avant tout à saluer la mémoire du lieu. Il s’agit de valoriser la substance patrimoniale encore en place, d’évacuer le consternant décor pavillonnaire mis en œuvre dans la seconde moitié du 20e siècle, ou encore de reconstituer les éléments caractéristiques abîmés ou irrémédiablement perdus. L’ensemble d’abord hétéroclite fait place à une ruralité discrète, peut-être un peu austère, mais sans aucun doute plus authentique. La morphologie claire induit une lecture évidente du site, renforcée par un usage approprié des matériaux traditionnels et d’une gamme chromatique proche de la nature (terre, pierre et bois), en pleine adéquation avec le paysage environnant.







L’attention portée aux deux immeubles neufs en fond de parcelle répond aux mêmes impératifs. Il s’agit encore de retrouver les particularités du site, sans tomber dans le piège de l’imitation, du faux vieux ou d’un mimétisme aussi inapproprié que malhonnête. Dès lors que cet espace villageois n’avait connu que la présence d’arbres fruitiers, la question devient en effet délicate : comment construire là où il n’y a jamais eu de construction ?
Une partie de la réponse trouve sa concrétisation dans l’implantation des volumes, en accord avec la géométrie évasée du terrain. Dynamique grâce à de subtils faux équerrages, le bâti permet de belles échappées sur le voisinage, sans confrontation visuelle directe. La gestion des aménagements extérieurs participe également d’une bonne intégration, avec des jardins essentiellement ouverts et fluides, le tout encore appuyé par la présence d’un antique chemin, dorénavant dûment cadastré, garantissant une perméabilité d’accès à travers le village. Les deux petits immeubles prennent donc place dans un espace entièrement reconsidéré. Leur gabarit réduit, leur forme compacte et leur toiture nettement pentue reprennent les codes de la construction rurale traditionnelle avec une certaine humilité. Les pans de toits restent dépouillés et, dans une minéralité de béton assumée, les ouvertures aléatoires des façades empêchent la banalisation si fréquente des lotissements modernes.
Cette simplicité très étudiée se retrouve dans les distributions intérieures. Chaque appartements propose une spatialité claire et des pièces généreuses, en duplex entre le rez-de-chaussée et le 1er étage, en simplex sous les combles. La mise en œuvre et les détails constructifs sont soignés, mais sans ostentation. Une attitude cohérente avec le caractère du site, adaptée jusque dans les choix techniques éprouvés (pompes à chaleur, toiture solaire) qui évitent la présence d’équipements complexes, à l’entretien difficile et à la postérité très incertaine. Dissimulée dans le volume de l’ancienne grange, une rampe de garage distribue un niveau de sous-sol capable d’absorber l’ensemble des besoins en stationnement. À l’extérieur, les bâtiments se côtoient dans un dialogue équilibré où, sans hiérarchie particulière, l’expression contemporaine retenue des deux bâtiments neufs fait écho au vocabulaire traditionnel de la ferme et de la grange rénovées.
Échelonnée sur près de dix ans, cette opération a permis de reconstituer et de développer simultanément une partie du tissu villageois. Une opportunité rare, maîtrisée par des options tout à la fois sobres et clairement intelligibles.