L'eau une source capitale

À l'occasion d'une traversée en bateau, il y a de cela une poignée d'étés, Roland Martin s'est retrouvée confrontée à l'or bleu dans toute son immensité. À son retour, il s'est alors livré à quelques considérations, manière de s'interroger sur le présent de la vie. Le futur de la planète.

Autant de réflexions qui viennent trouver un écho opportun avec la crise virale actuellement traversée et une certaine prise de conscience environnementale à l'échelle mondiale.

Roland Martin est l'un des fondateurs du bureau MVT architectes. Géolobiogiste reconnu, environnementaliste convaincu et ancien président du Club Nautique de Versoix, il est comme un poisson dans l'eau – c'est le moins qu'on puisse dire. Parce que celle-ci est devenu un enjeu planétaire et que MVT a une relation toute particulière à l'environnement liquide (près de 50 projets directement liés au lac), il s'est livré à quelques réflexions d'intérêt général après avoir été confronté, à l'occasion d'une transat océanique, au grand bleu.

Des considérations et quelques chiffres d'intérêt général qui sont là pour nous rappeler qu'il y a quelque chose de plus grand que nous qui existe et que prendre soin de ce qui nous entoure est peut-être le plus beau cadeau qu'on puisse faire à son prochain.

La planète est recouverte à 70% d'eau

« Tout le monde parle d’écosystème, de pollution, de CO2, de réchauffement climatique, de schistes bitumineux, de bruits, d’énergies renouvelables, de la fonte des glaciers, de la pollution des eaux de surface et aquifères… de l’eau potable. Environ 70 % de la surface de la terre est de l’eau. Et dans le corps humain, c’est à peu près 66 %. La quantité d’eau totale dans le monde représente 1,4 milliards de km3 d’eau dont 2,59 % d’eau douce, et moins de 1% est potable. 1% !
Partout, elle constitue un enjeu majeur. En Asie du Sud et Sud-Est ; en Chine – et au Vietnam ; du Canada au Mexique en passant par les Etats-Unis : entre l'Egypte et l'Ethiopie, entre Israël et la Palestine ; dans le bassin commun Turquie - Syrie - Jordanie - Liban - Irak, entre l'Inde et le Pakistan… Ces problèmes sont-ils « solubles » dans l’eau ? »
Parmi les 600 plus grandes villes chinoises, plus de la moitié manque d'eau dont une centaine de façon très prononcée, selon Maihepireti Wulamu, professeur à l'Université normale supérieure du Xinjiang. La BBC a publié en 2018 une liste de onze villes qui connaissent des problèmes d'alimentation : São Paulo, Bangalore, Pékin, Le Caire, Jakarta, Moscou, Istanbul, Mexico, Londres, Tokyo et Miami.

La question se pose alors :  Devrions-nous avoir un droit à l’eau ?

Les mers, espaces de mystères et de découvertes

« Pendant ma première transat entre les Grandes Canaries et la Martinique, un voyage initiatique inoubliable pour moi, je me suis donné le temps de quelques réflexions, après 8 jours de navigation au milieu de l’Atlantique avec env. 4'500 mètres d’eau sous nous.
Les grands navigateurs tels Fernand de Magellan, Christophe Colomb, Vasco de Gama, Jacques Cartier, James Cook, Vespucci, Drake, etc…toutes les grandes découvertes ont passées par l’eau, à un moment ou  à un autre, explique un Roland Martin passionnément concerné par le sujet.
Plus près de nous, en ce qui concerne les transports maritimes mondiaux, plus de 60'000 navires naviguant autour de la Terre en font le moyen de transport le plus important du monde : 80 % du volume mondial du transport est maritime, et comprend pêle-mêle l’essentiel des matières premières, les méthaniers (transporteur du gaz liquide à -162 degré), les brise-glaces et les cargos qui empruntent les mers du Nord. Le transit par les grands fleuves, le canal de Corinthe (1893), de Suez (1859), de Panama (1914) … »
Pendant notre transat, notre consommation d’eau s’est élevée à environ 5 litres par jour et par personne. Le monde va de plus en plus être soumis à un stress hydrique, alors qu'il ne paraît pas impensable de réduire sa dépense aquatique journalière.

Que pouvons-nous faire alors pour diminuer la consommation d’eau ?

 « Je me suis posé la question de savoir quelle relation nous avions avec l’eau dans notre métier d’architecte.  À part le fait que c’est une des rares professions qui est liée à la météo – certains travaux exigeant un temps sec (le terrassement, l’étanchement, pas de béton ni crépi par grand froid, etc...), sait-on que l’on utilise énormément d’eau pour construire nos habitations ?
J’ai essayé de calculer uniquement la consommation d’eau que l’on utilise pour construire un immeuble de 38 logements en construction traditionnelle (sous-sols, murs et dalles en béton armé). Mais toutefois sans prendre en compte la quantité d’eau nécessaire à la fabrication de ces matériaux, très consommatrice pour le ciment et le plâtre, la fabrication du carrelage ou de la brique.

Le béton : 2’530 m3 contiennent 160 l/m3 404,80 m3
Les chapes de sol en ciment :  3'135 m2 contiennent 19 l/m2 502,00 m3

Ajoutons à cela l’eau contenue dans les plâtres (6'615 m2), les placoplâtres (1'565 m2), la peinture (4'540 m2), la colle des sols (3'135 m2), les crépis divers (2'040 m2) : 184,00 m3

La quantité total d’eau utilisée  se monte à... 1’090,80 m3
Soit environ 9’100 baignoires d’eau potable pour construire un immeuble… ! »

Si nous continuons à regarder pas plus loin que le bout de notre robinet…où allons-nous ?

50 litres d'eau par jour et par personne

« Si l’on parle de coût, savez-vous combien coûte 1 m3 d’eau potable ? En Suisse (comme dans d'autres pays), de grosses disparités existent. À Martigny, c'est CHF 6,50 quand au Locle, c'est CHF 1.-. À Genève, c'est CHF 4,60.  En France, c'est environ CHF 3,60, au Danemark CHF 7,50, en Grande Bretagne CHF 4,60, au Ghana CHF 11.-…
Et quel est le prix d’ 1 m3 d’eau minérale Perrier ? Eh bien, il coûte CHF 17'260.- !

L’OMS stipule que la quantité d’eau consommée en situation « à l’aise » devrait être de 2'500 m3 d’eau/an/ personne, et en situation « pénurie » de 1'000 m3/an/pers.
Elle précise en outre qu’environ 50 litres d’eau/jour/personne est la « quantité intermédiaire » minimum pour couvrir les besoins de santé, d’hygiène et d’usage domestique personnel – le minimum vital se situant autour des 20 litres. Notre consommation d’eau est extrême en Suisse, avec le Canada et les Etats-Unis, car elle correspond à plus de 250 litres/personne/jour ; en Finlande, en Grèce, en Suède et en Corée, c'est de 160 à 250 l/j/p ; en Allemagne, aux Pays-Bas, en Pologne et en Belgique, c'est 130 l/j/p ; l’Asie et l'Amérique du Sud consomment entre 50 – 100 l/p/s/j ; l’Afrique sub-saharienne subsiste avec à peine 10 l/j/p…. ! »
Au-delà de la consommation de chacun, il faut se rendre compte également des importantes pertes d'eau ici et là. Ainsi contrôler les installations de distribution d’eau, lutter contre les fuites d’eau des réseaux de distribution publique et privé est importante, car dans le monde ce "gaspillage" représente 30 % de perte.

Qu'attend-on dès lors pour faire de l'eau un bien public protégé, commun, universel et accessible à tous, que ce soit pour l'alimentation, la santé, le bien-être ou le plaisir ?

 

A VOIR//

EXPOSITION

Aquarelles de Roland Richerd Martin

" MER & PAYSAGES DES PROFONDEURS ABYSSALES "

Festival de Bellerive
Du 27 août au 3 septembre 2020
Chemin de la Dame 67
1245 Collonge-Bellerive

 

 

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